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LES DEVANTURES DES VIEILLES BOULANGERIES PARISIENNES

Les décors peints de boulangerie datant de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle sont encore nombreux à Paris. C'est d'abord leur qualité, qualité des matériaux employés, comme des décors eux-mêmes qui a permis leur préservation, mais aussi les efforts de leurs propriétaires, beaucoup de ces décors ont été entretenus au fil des années, et de l'Etat qui a inscrit certains d'entre eux à l'inventaire des monuments historique. Ces devantures, typiques du décor urbain parisien, sont en effet de véritables monuments historiques, car elles sont représentatives de l'art populaire d'une époque.

Pourquoi des boulangeries décorées?


Sous le Second empire et plus encore sous la IIIe République, le commerce est prospère et le boutiquier veut afficher sa réussite sociale. Parer sa boutique d'ors et de peintures en est un moyenDans le même temps, la concurrence est vive et chaque commerçant tient à se démarquer par le décor de sa boutique. Au milieu du XIXe siècle, les commerçants sont si nombreux à vouloir transformer leur magasins et à faire appel à des décorateurs que des ateliers sont amenés à se spécialiser dans la décoration des boutiques d'alimentation.
Les conditions sont donc réunies pour que l'art populaire du décor de boutique connaisse son âge d'or. A ce titre, aucun commerce n'est plus représentatif que la boulangerie. Même si l'importance du décor pour le commerce de pain déclinera à partir du premier quart du XXe siècle, la boulangerie est restée jusqu'à aujourd'hui un commerce traditionnellement plus décoré que les autres.

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Le décor et les enseignes


Le décor extérieur de la boulangerie comporte deux éléments.

D'abord l'enseigne proprement dite, qui a pour rôle d'identifier le commerce. Le plus souvent, boulangerie-pâtisserie, parfois seulement boulangerie. En tout cas, l'enseigne ne porte jamais le nom de la maison, mais il n'est pas rare de voir les initiales du commerçant peintes sur le plafond, à l'intérieur de la boutique. Il s'agit le plus souvent de lettres dorées sur fond noir. Même si elles sont soignées, elles ne sont que rarement à effet.

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Ensuite les panneaux peints. Leur rôle est publicitaire : ils doivent attirer l'attention du passant. Leur nombre et leur taille dépend de la taille de la boutique. Il existe deux types de panneau. Ceux qui doivent informer le client des produits de la maison. En effet, à l'époque c'est le décor lui-même qui doit attirer le client et les produits ne sont donc pas exposés en vitrine alors qu'à partir du premier quart du XXe siècle c'est l'étalage des produits qui doit être tentateur. Généralement, les produits sont simplement énumérés. Parfois, l'accent est mis sur les procédés de panification. Plus rarement, les panneaux comportent des inscriptions en forme de slogan publicitaire.

 

Les panneaux purement décoratifs ont aussi un grand rôle à jouer. Il s'agit de peintures champêtres qui, outre leur fonction publicitaire, peuvent jouer un rôle sentimental pour les ruraux déracinés, alors nombreux à Paris, en leur rappelant leur terroir..Les sujets sont tous évocateurs du blé et de la fabrication du pain. Il peut s'agir de moulins, d'une semeuse, d'une gerbe de blé ou de fleurs. Concernant les fleurs, il est intéressant de remarquer qu'il ne s'agit pas toujours des fleurs traditionnellement liées à la culture du blé, comme les coquelicots, les bleuets ou les marguerites, mais que les décorateurs peignent les fleurs à la mode, par exemple les roses trémières entre 1870 et 1880 ou les iris en 1900. Ces peintures sont toujours agrémentées d'ornements, plus ou moins chargés, au goût de l'époque. Les décors de boulangeriesont peints sur des panneaux mis sous verre. Ce procédé a l'avantage de livrer des décors faciles d'entretien et s'inscrit dans l'engouement pour les matériaux propres, suscité par les découvertes de Pasteur : céramique, marbre et verre.

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Les ateliers et leurs techniques



Les commerçants ne traitaient généralement pas directement avec les décorateurs, mais avec des entrepreneurs, chargés de coordonner les différents corps de métier travaillant à l'installation de la boulangerie et de fournir le matériel de fabrication du pain. Ils apposaient parfois leur signature sur les enseignes à côté de celle des décorateurs .
Les ateliers spécialisés dans la décoration des boutiques sont parisiens, ils exportent leur production en province et même jusqu'au Venezuela (des décors peints pour une charcuterie de Caracas ont été peints par l'atelier Benoist en 1893).

Les deux ateliers principaux furent l'atelier Thivet, fondé en 1854, et l'atelier Benoist, fondé en 1859. La plupart des décors subsistant aujourd'hui porte leur signature, on trouve aussi des décors portant notamment la signature des ateliers Anselm, fondé en 1887, ou Raybaud, fondé en 1912.

Les grands ateliers ont un personnel d'une dizaine de personnes. Ainsi, l'atelier Benoist, qui se trouvaient passage des Thermopyles, dans le quatorzième arrondissement , faisait travailler en 1910, outre son propriétaire, à l'époque Maximilien-Théophile Benoist, fils du fondateur de l'atelier, Maximilien-Louis, huit personnes :
Un apprenti, Marcel Achard ; un poseur, Jean-Jean, chargé de la manutention et de la pose des panneaux de devanture ; un peintre en lettres, Eugène Achard, chargé de l'exécution des bandeaux d'enseignes et des panneaux comportant des inscriptions ; un fleuriste, Gaston Duquesne, spécialisé dans la peinture des fleurs ; un maroufleur, Soleil, dont la tâche est de fixer les toiles peintes sur les verres ; un paysagiste, Tabourin ; une doreuse, Mme Dourlens, dont la spécialité est de dorer à la feuille les lettres, filets et encadrements de médaillons et enfin un décorateur, Albert Raybaud, qui s'installera à son compte en 1912. Son travail est de concevoir l'ensemble du décor et d'exécuter les maquettes des panneaux et des plafonds.

Le premier travail du décorateur est l'établissement d'une maquette, qui permettra au client de choisir. L'esquisse du sujet choisi peut se traiter directement sur la toile, souvent de la moleskine, toile cirée qui ne nécessite aucun apprêt, mais le plus souvent elle est tracée sur un papier spécial mince et résistant puis perforée en pointillé pour être reporté sur la toile qui sera ensuite fixée sous verre. Ce système a l'avantage de permettre des rectifications, impossibles en cas de travail direct sur la toile, et l'utilisation de modèles.

Une fois le dessin reporté sur la toile à l'aide de poudre de fusain, la peinture est appliquée en couches très fines afin de ne pas faire épaisseur pour permettre le collage du verre. La dorure vient ensuite, elle peut s'effectuer sur la toile, mais le plus souvent elle est appliquée directement sur le verre.

La toile peinte et les ornements dorés sont ensuite marouflés, c'est-à-dire collés sur le verre à l'aide d'une gomme à fixer, composée de gomme arabique et de sucre liquide dissout dans de l'eau. Il ne reste alors plus qu'à fixer les panneaux sur la devanture de la boutique.

 



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